L’USM représentait la France à l’occasion du 68ème congrès de l’Union Internationale des Magistrats (UIM), qui s’est tenu à Lisbonne du 15 au 21 octobre 2026.
L’USM est membre fondateur de l’UIM depuis sa création en 1953. Cette dernière réunit 94 associations nationales de magistrats, réparties en quatre groupes régionaux, dont l’Association Européenne des Magistrats (AEM), qui compte 44 pays membres.
L’objectif de l’UIM est la sauvegarde de l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Ce congrès fut l’occasion de dresser un état des lieux aussi précis que terrifiant des menaces qui pèsent à travers le monde sur l’institution judiciaire, mais également de faire entendre notre voix et réaffirmer notre solidarité.
➡️ Les attaques contre l’indépendance de la justice : le cas particulièrement préoccupant des pays d’Amérique latine
Si les attaques contre l’indépendance de la justice revêtent les formes les plus variées, allant de la remise en cause de la rémunération et des droits sociaux des magistrats, jusqu’à la reprise en main des nominations et carrières, la situation des pays d’Amérique latine a particulièrement retenu l’attention au cours de nos travaux.
Nous avions déjà écrit à ce sujet. Lire : « La justice sous pression en Amérique latine ».
Les assassinats de magistrats se poursuivent et le 17 octobre 2026, alors même que se tenait notre congrès, au Guatemala, l’ancien avocat et procureur Juan Francisco Solórzano Foppa était assassiné sur la voie publique.
Par ailleurs, la délégation de Bolivie a sidéré l’assistance en relatant la découverte sur leur territoire d’immenses « fermes à bots », alimentant les réseaux sociaux de messages hostiles au pouvoir judiciaire, phénomène également présent au Brésil.
Enfin, le phénomène de reprise en main des nominations gagne du terrain, comme au Chili, où la Cour suprême a engagé des poursuites disciplinaires contre 56 magistrats du siège, ou encore en Bolivie, qui recourt massivement depuis 2010 à des magistrats « temporaires » en lieu et place des magistrats de carrière.
Au Pérou, le magistrat Oswaldo Alberto Ordoñez Alcántara, président de l’Association Nationale des Magistrats du Pérou, n’a pas été reconduit dans ses fonctions.
C’est dans ce contexte que l’UIM a fait droit à l’unanimité à la demande d’adhésion du Honduras, où se multiplient également les révocations de magistrats.
➡️ Face à ce constat, l’USM se bat au sein de l’UIM pour faire respecter l’indépendance de la justice
L’UIM dispose d’un statut d’observateur à l’ONU et au Conseil de l’Europe, qui lui confère un poids certain sur la scène internationale, notamment du fait de ses liens privilégiés avec la rapporteure spéciale des Nations Unies pour l’indépendance des juges et des avocats, Margaret Sattherthwaite, qui participait à nos échanges.
Forte de cette légitimité, ses travaux ont conduit à l’adoption d’une série de résolutions enjoignant aux Etats concernés de mieux défendre et protéger l’indépendance de la justice :
- L’Association européenne des magistrats (AEM/EAJ) a adopté deux résolutions présentées par les délégations albanaise et serbe, rappelant aux autorités de ces pays la nécessité de préserver l’indépendance financière et matérielle des magistrats. Une nouvelle résolution a par ailleurs été adoptée concernant la situation de la Pologne, sur laquelle nous avions déjà alerté. Enfin, en Ukraine, l’AEM a appelé au respect du principe d’indépendance de la justice.
- Au sein du Conseil central de l’UIM, quatre résolutions affirmant notre soutien aux collègues menacés ont été adoptées. Elles concernent le Pérou, le Chili, mais également la Tunisie, où l’Association des Magistrats Tunisiens (AMT) subit de manière continue des attaques et représailles de la part du pouvoir exécutif. Vous pouvez relire notre article sur la condamnation du président de l’AMT, M. Anas Hmedi : « Quand défendre la justice devient un délit ». L’UIM a enfin adopté une résolution visant à condamner les sanctions prises par le gouvernement américain à l’encontre de la Cour Pénale Internationale en tant qu’institution.
Dans la lignée du témoignage de notre collègue français, Nicolas Guillou, lors de notre congrès national il y a un an (à relire ici : « Sanctions américaines contre le juge français de la CPI »), et à la suite de l’appel lancé le 9 octobre 2026 par les experts du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’USM a, en votant cette résolution, tenu à apporter publiquement son soutien aux magistrats et personnels victimes des nouvelles sanctions prises par le gouvernement des Etats-Unis.
Elle rappelle ainsi que seul un ordre mondial reposant sur des règles de droit, applicables à tous quels que soient leurs niveaux de vie, leurs convictions ou leurs origines, garantit à chacun le respect des droits fondamentaux qui lui sont reconnus.
Grâce à leur engagement international, l’USM et ses membres peuvent ainsi être fiers d’être à l’avant-garde du combat pour l’indépendance de la justice.
Retrouvez ici les résolutions adoptées au cours de ce congrès.

