C’est avec une grande joie que nous vous annonçons cette nouvelle en ce début de semaine mouvementé : le juge turc Murat Arslan est sorti de prison hier, après dix ans de détention.
Co-fondateur et dernier président de l’association de magistrats turcs Yarsav (dont la promotion 2017 de l’ENM porte le nom), il a payé de sa liberté son combat pour l’Etat de droit et l’indépendance de la justice. Arrêté le 26 octobre 2016 lors des purges ordonnées par le président Recep Tayyip Erdogan, en même temps que 2 745 magistrats, il fut condamné pour « appartenance à une organisation terroriste » sans bénéficier d’un procès équitable.
Alors qu’il aurait pu bénéficier de remises de peine et d’une libération conditionnelle à la condition d’exprimer publiquement des regrets, Murat Arslan s’y est toujours refusé et a dénoncé jusqu’au bout la mise au pas brutale de la justice turque. Il a obtenu en octobre 2017 le Prix des droits de l’homme Václav Havel de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
L’Union internationale des magistrats (UIM-IAJ), dont l’USM est membre fondateur, n’a cessé de se battre depuis 2016 pour obtenir sa libération en faisant pression auprès du gouvernement turc et en tentant de mobiliser l’opinion publique. Nous gardons en mémoire le souvenir de l’émouvante cérémonie de remise du prix de l’indépendance de la justice délivré par l’UIM il y a quatre ans, et reçu en son nom par l’ancien président de l’USM et président d’honneur de l’UIM Christophe Régnard.
La lutte pour l’indépendance de la justice, pilier de la démocratie et de l’Etat de droit, est une histoire sans fin, un éternel recommencement ; ne baissons pas la garde !
Lisez l’article publié par l’UIM : https://eaj.iaj-uim.org/murat-arslan-is-free/ reprenant son premier message, par lequel Murat Arslan a exprimé sa gratitude à tous ses amis et collègues à travers le monde, à tous ceux qui l’ont soutenu pendant ces années difficiles :
« Je vous adresse à toutes et à tous mes salutations les plus respectueuses et ma plus profonde gratitude. C’est avec une immense joie et une grande émotion que je partage avec vous le bonheur de retrouver mes chers amis, collègues et proches après dix années volées à nos vies, passées entre quatre murs.
La résilience et la solidarité dont vous avez fait preuve face à toutes les injustices que j’ai subies au cours de ces dix années ont pour moi une valeur inestimable. Malgré toutes les épreuves et les souffrances que j’ai endurées, votre soutien m’a donné la force de rester debout, avec dignité et détermination.
Tout au long de cette période, mon corps était derrière les barreaux, mais je n’ai jamais permis que l’on emprisonne mon esprit, ma conscience ou ma foi dans le droit et dans les valeurs humaines.
Durant toutes ces années, je n’ai jamais accepté une liberté dépourvue de dignité. Je n’ai jamais cédé à la peur. Je n’ai jamais trahi les idéaux des droits humains, de la démocratie, de l’État de droit et de la dignité humaine que j’ai toujours cherché à défendre. Je n’ai jamais renoncé à mon honneur, à ma conscience ni à mon humanité. Bien au contraire, j’ai considéré comme un honneur de payer le prix de ma fidélité à ces principes.
Dans ce combat, vous tous, mes chers collègues et amis, ne m’avez jamais refusé votre soutien ni votre solidarité. Vous ne m’avez jamais laissé seul. Vous avez toujours réussi à me faire sentir que vous étiez à mes côtés. Vos nobles efforts au nom de la solidarité, tout comme votre simple existence, ont constamment entretenu mon espoir de jours meilleurs. La confiance et le sentiment de fraternité que procure l’appartenance à une si grande famille m’ont rendu encore plus fort.
C’est pourquoi je souhaite remercier chacune et chacun d’entre vous pour les efforts admirables que vous avez déployés au fil des années. Les mots ne suffisent pas à exprimer ma reconnaissance. Je ne pourrai jamais vous remercier assez. Je mesure pleinement la chance que j’ai de vous avoir à mes côtés. »
A lire aussi :
– Le message adressé par Murat Arslan en octobre 2016 (NPJ de mars 2017)
– Un article du président de l’Association européenne des magistrats (NPJ de juin 2021)

