Depuis quelques jours la presse, puis le garde des Sceaux, réagissent vivement à l’annonce du Syndicat de la Magistrature de participer à la « Fête de l’Huma » avec des ateliers portant sur les « violences policières, la répression sociale, la question sécuritaire » …
Plusieurs d’entre vous nous ont fait part de leur crainte que notre syndicat ne soit associé, par le grand public ou des personnes malveillantes, aux actions du SM ou de leur franche exaspération quant aux actions récentes et répétées du SM (diffusion d’une « contre-circulaire » sur le maintien de l’ordre, guide du manifestant interpellé, critiques de l’action judiciaire dans le cadre des émeutes urbaines, critiques sur la revalorisation indemnitaire des magistrats…).
Dès lors faut-il réagir médiatiquement au positionnement du SM, voire, à l’instar d’UM-FO, fustiger leur positionnement en critiquant ostensiblement leurs actions ?
Il faut bien admettre que celles-ci nous mettent, collectivement, en très grave difficulté non seulement vis-à-vis du corps judiciaire mais aussi vis-à-vis des institutions :
Alors que la commission mixte paritaire du Parlement doit statuer très prochainement sur le projet de loi organique, ses membres pourraient être tentés de reprendre un amendement encadrant la liberté de parole syndicale des magistrats, pourtant très largement écartée en juillet ;
Alors que la cour de justice de la République va se réunir prochainement pour statuer sur l’éventuelle prise illégale d’intérêt de notre ministre à l’encontre de collègues que nous avons défendus victorieusement au CSM, le positionnement politique du SM peut prêter le flanc à la critique selon laquelle cette action portée par les syndicats représentatifs de magistrats serait purement idéologique et non pas juridique.
Nous en débattrons en conseil national de l’USM mais il me semble, ainsi qu’au bureau national, que la seule ligne qui vaille, en l’état, est celle-ci : rappeler notre position largement majoritaire au sein de la profession ainsi que nos fondamentaux, dont l’apolitisme et réduire au strict minimum (actions en cours) nos actions communes au national avec le SM. Nous pourrons également souligner, sans stigmatiser personne, que selon la jurisprudence de la CEDH, l’expression syndicale des magistrats n’est pas une liberté totale et sans limite et qu’elle doit évidemment s’exercer avec « retenue, modération et décence » pour permettre à nos concitoyens d’avoir confiance en l’impartialité de la justice.
Ce n’est pas en critiquant d’autres syndicats ou en fracturant notre corps que nous nous imposerons, mais en rappelant inlassablement « qui nous sommes » et « pourquoi nous nous battons depuis 1974 » : la défense de nos intérêts professionnels, l’indépendance de la justice et pour une justice de qualité au service de nos concitoyens, par une parole modérée et apolitique mais ferme .
La liberté syndicale mérite d’être défendue dans le cadre spécifique qui est le nôtre avec les limites définies par la CEDH concernant la libre expression des magistrats et qui nous sont également chers.
Portez ces valeurs auprès de nos collègues mais, également, à l’extérieur de la famille judiciaire.

